Dans la vallée de la Lémance, à la frontière du Lot-et-Garonne et de la Dordogne, l’usine de chaux de Sauveterre-la-Lémance vit peut-être ses derniers mois. Le groupe belge Lhoist a annoncé début octobre un projet d’arrêt progressif de la production d’ici juin 2027, puis la fermeture du site à la fin de la même année. Vendredi 30 octobre, les salariés ont débrayé devant l’entrée de l’usine pour contester cette décision, comme l’ont raconté La Dépêche et Sud Ouest.
Au-delà du conflit social, le dossier illustre une réalité bien connue des industriels des matériaux minéraux : un four à chaux ne vit que si sa carrière, son taux de charge et ses débouchés tiennent ensemble.
Plan de l'article
Ce que prévoit le projet de Lhoist #
Le 6 octobre, Lhoist a présenté dans un communiqué, cité par La Dépêche, « un projet de réorganisation des activités de Lhoist France Ouest, incluant l’arrêt des productions du site de Sauveterre-la-Lémance ». Le texte évoque une réorganisation de certaines fonctions administratives et un arrêt progressif de la production à l’horizon juin 2027, « en vue de sa fermeture à la fin de la même année ». Le groupe indique que le projet pourrait entraîner la suppression nette de 25 postes.
Une partie de la production ne disparaîtrait pas : le lait de chaux, notamment, serait transféré vers l’usine de Saint-Gaultier, dans l’Indre. Un plan de sauvegarde de l’emploi est en cours de négociation. Selon le calendrier rapporté par La Dépêche, neuf premiers licenciements interviendraient dès janvier 2027, les autres en juin.
Un site centenaire, ex-Chaux du Périgord
Le site est l’ancienne usine des Chaux du Périgord. Il fabrique de la chaux vive et de la chaux éteinte à partir du calcaire extrait de la carrière voisine. Un salarié interrogé par Sud Ouest rappelle que l’usine a cent ans. Le Journal Toulousain, qui avait relayé l’annonce le 9 octobre, résumait déjà les raisons avancées par le groupe : ressources minérales qui se raréfient, débouchés en recul et contraintes logistiques.
Les arguments de la direction : taux de charge, carrière, BTP #
Contactée par La Dépêche, la direction industrielle de Lhoist France Ouest détaille trois difficultés. D’abord, le marché baisse fortement et l’outil industriel est très sous-utilisé : le site tournerait à un tiers de ses capacités, alors qu’il lui faudrait atteindre 85 à 90 % pour être viable.
Ensuite, la carrière pose problème. La direction parle de « réserves limitées », en quantité comme en qualité, et affirme avoir tenté sans succès d’acquérir d’autres terrains. « Un producteur de chaux sans visibilité sur sa ressource première souffre d’une grande fragilité structurelle », résume-t-elle.
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Enfin, le site dépend du bâtiment et des travaux publics. Selon la direction, 40 à 45 % de l’activité était liée à ce secteur, qui s’est fortement contracté, sans visibilité sur un redémarrage. Lhoist France Ouest dit avoir contacté plus de 150 entreprises localement pour trouver un repreneur, sans pouvoir garantir l’issue de la démarche.
Pourquoi le taux de charge est décisif dans la chaux
La fabrication de chaux repose sur la calcination du calcaire dans un four à très haute température. C’est un procédé continu et gourmand en énergie : un four qui tourne loin de sa capacité nominale coûte presque autant à faire fonctionner qu’un four plein, pour beaucoup moins de tonnes vendues. C’est ce qui rend l’argument d’un site « à un tiers de ses capacités » si lourd dans la balance d’un groupe industriel.
La question de la carrière est tout aussi structurante. Une usine à chaux est en général installée au plus près de son gisement de calcaire, car transporter la pierre brute sur de longues distances n’a guère de sens économique. Sans réserves suffisantes et de qualité constante, l’outil perd sa raison d’être sur place.
La contestation des salariés #
Les salariés, eux, contestent ce diagnostic. Philippe Braz, délégué syndical CGT de Lhoist France Ouest, affirme à La Dépêche que le site est « de loin, l’usine la plus rentable d’Europe pour le groupe », ce qui rend la décision « encore plus absurde » à ses yeux. Il ajoute que sept salariés du site de Gannat (Allier), chargés de la logistique et des transports pour le Sud-Ouest, et deux à Terrasson (Dordogne) sont aussi concernés : 28 personnes au total seraient directement menacées, selon lui.
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Le syndicaliste se dit ouvert à une reprise, mais s’inquiète du démontage d’équipements essentiels, comme les cuves de lait de chaux, qui compliquerait l’arrivée d’un repreneur. Il juge aussi le calendrier trop serré pour qu’une offre sérieuse puisse émerger.
Côté salariés, Sud Ouest rapporte qu’en juillet, le four a été arrêté et l’accès à la carrière interdit « du jour au lendemain ». Un salarié estime qu’il reste « de la matière à extraire ». Les employés ont fait appel à Me Ralph Blindauer, avocat spécialisé dans la défense des salariés, pour la négociation du plan social et la stratégie juridique. Le délégué CGT prévoit de rencontrer la sous-préfète de Villeneuve-sur-Lot et le préfet du Lot-et-Garonne.
Un territoire qui voit partir son industrie #
Sur le piquet de grève, la dimension territoriale est omniprésente. « Nous sommes le dernier bastion industriel de cette petite vallée », explique un salarié à Sud Ouest, en énumérant les fermetures successives des dernières décennies dans le Fumélois. Des élus locaux, dont le président de la communauté de communes Fumel Vallée du Lot, Jean-Jacques Brouillet, sont venus soutenir les grévistes, tout comme des habitants et d’anciens salariés.
Pour les industriels des matériaux, l’affaire rappelle que la rentabilité d’un site ne se lit pas seulement dans les comptes d’un groupe. Elle dépend aussi de la durée de vie du gisement, du niveau d’utilisation des fours et de la santé des marchés clients, à commencer par la construction. Les prochaines semaines de négociation du plan social, et la recherche d’un éventuel repreneur, diront si l’usine de Sauveterre-la-Lémance peut éviter la fermeture annoncée.
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