Fuji Seal veut fermer son usine de Fougerolles : l’héliogravure face aux petites séries

La direction de Fuji Seal France a annoncé le mardi 20 octobre 2026 un projet de fermeture de son site de Fougerolles-Saint-Valbert, en Haute-Saône. Cinquante salariés sont concernés et l’activité pourrait s’arrêter fin mars 2027 si le projet va à son terme. Au-delà du drame social, le dossier illustre un problème que connaissent bien de nombreux industriels de l’emballage : un procédé de fabrication pensé pour les très grandes séries face à des clients qui demandent désormais des tirages courts, rapides et flexibles.

Ce qui a été annoncé #

Selon France 3 Bourgogne-Franche-Comté, l’annonce a été faite par communiqué. Une procédure d’information et de consultation des représentants du personnel est ouverte. La fermeture reste donc à ce stade un projet, conditionné à l’issue de cette procédure et à l’obtention des autorisations nécessaires.

La direction met en avant deux raisons : l’évolution du marché de l’impression d’emballages et l’absence de solution de reprise. Une société spécialisée a été mandatée pour chercher un repreneur, sans succès. Une modernisation lourde du site aurait par ailleurs été jugée non viable économiquement.

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L’héliogravure, un procédé taillé pour les grands tirages #

Le cœur du dossier est technique. Le site de Fougerolles imprime ses emballages décoratifs par héliogravure. Ce procédé repose sur des cylindres métalliques gravés, un par couleur, qui transfèrent l’encre directement sur le film plastique. Il offre une qualité d’image très régulière et des cadences élevées, ce qui en fait historiquement la référence pour les étiquettes et manchons de produits de grande consommation.

Son point faible est connu : la préparation. Graver et monter un jeu de cylindres coûte cher et prend du temps. Ce coût fixe s’amortit très bien sur des millions de mètres de film, beaucoup moins sur quelques milliers. Dès qu’une marque multiplie les variantes (éditions limitées, recettes déclinées, changements réglementaires d’étiquetage), chaque changement de visuel impose une nouvelle série de cylindres.

C’est précisément l’argument avancé par Thomas Lajouanie, dirigeant de Fuji Seal France, cité par France 3 : l’outil de production serait « de moins en moins adapté aux attentes des clients », qui demandent des tirages plus courts, des délais réduits et davantage de flexibilité.

Flexographie et numérique, les procédés qui montent

Face à cette demande, l’impression d’emballages souples s’est largement tournée vers la flexographie haute définition, dont les clichés photopolymères sont moins coûteux à produire, et vers l’impression numérique, qui supprime toute forme imprimante. Ces technologies permettent de changer de visuel sans arrêt long de la machine et de rentabiliser des séries courtes. Convertir une usine d’héliogravure à ces procédés ne se résume cependant pas à acheter une presse : il faut revoir les flux, les compétences, le pré-presse et parfois les supports imprimés. C’est cet investissement que le groupe juge aujourd’hui non rentable à Fougerolles.

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Un site déjà restructuré il y a quinze ans #

L’histoire industrielle du site éclaire la décision. Le groupe japonais Fuji Seal a repris en 2002 les anciens Ateliers d’impression Pierre Buriot. Le site imprimait à l’origine des étiquettes plastiques pour bouteilles et pots de yaourt.

En 2011, après environ 3 millions d’euros de pertes cumulées sur cinq ans, une première restructuration avait été annoncée, avec 57 suppressions de postes sur 107 salariés, rappelle France 3. Après plusieurs jours de grève, le plan de sauvegarde de l’emploi avait été suspendu en mars 2012, comme le relatait alors macommune.info. Plus de 10 millions d’euros d’investissements avaient ensuite été consentis, sans enrayer durablement les difficultés.

Des comptes en dents de scie

Les comptes annuels cités par France 3 montrent quatre années de pertes consécutives entre 2021 et 2024, dont un déficit de 3,7 millions d’euros en 2023, pour un chiffre d’affaires stable autour de 17 à 18 millions d’euros. L’exercice 2025 marque une éclaircie, avec un chiffre d’affaires supérieur à 19 millions d’euros et un résultat net positif de 357 000 euros. Une amélioration qui n’a pas suffi à convaincre la direction de l’avenir de l’outil industriel.

Ce qui va se jouer dans les prochains mois #

La procédure de consultation qui s’ouvre doit durer plusieurs mois. Une salariée présente depuis seize ans, interrogée par France 3 à la sortie du site, résumait l’état d’esprit : « On est dégoûté ». Elle dit attendre « le verdict » et redoute ces mois d’incertitude.

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De son côté, la direction affirme vouloir « accompagner au mieux les salariés durant cette phase de transition » et évoque la mobilité interne, l’aide à la reconversion et à la création d’activité, en lien avec les autorités locales. Le groupe assure que son engagement sur les marchés français et européen reste inchangé, ce qui laisse penser que les volumes seront servis depuis d’autres sites.

Pour la filière, le cas Fuji Seal rappelle une règle simple : en fabrication, un procédé performant n’est rentable que tant qu’il colle à la taille des séries demandées. Quand les commandes rétrécissent, c’est souvent l’outil le plus spécialisé qui décroche en premier. Les industriels de l’emballage qui investissent aujourd’hui dans des lignes hybrides, capables d’alterner grands et petits tirages, cherchent justement à éviter ce piège.

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