On ne pense jamais au moule quand on coupe une part de camembert ou de comté. Pourtant, une bonne partie des fromages produits dans le monde prend forme dans des pièces fabriquées en Touraine. Servi Doryl, spécialiste des moules en plastique pour l’industrie fromagère, prépare une nouvelle usine à Cinq-Mars-la-Pile (Indre-et-Loire), pour un investissement de 8,5 millions d’euros. Les Echos sont revenus le 28 octobre sur ce projet, que Le Revenu avait détaillé fin septembre.
Plan de l'article
Un projet de 8,5 millions d’euros, autofinancé #
D’après Le Revenu, l’entreprise investit 8,5 millions d’euros dans ce nouveau site, une somme « entièrement autofinancée ». L’objectif affiché est de renforcer la production de moules destinés à l’affinage du comté. Sur ce créneau, Servi Doryl se présente comme le seul fabricant au monde de moules en plastique.
Le calendrier est celui d’un projet industriel classique, sans précipitation. Le permis de construire devait être déposé en octobre 2026. Les travaux doivent commencer au printemps 2027, et la livraison du bâtiment est prévue en 2028.
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Le choix de Cinq-Mars-la-Pile n’est pas un hasard. La commune est voisine de Langeais, berceau historique de l’entreprise. Le nouveau site doit aussi renforcer les synergies avec Alpma France, qui assure le service après-vente des équipements du groupe allemand Alpma, propriétaire de Servi Doryl.
Cinquante ans de moules à fromage en Touraine #
L’histoire de l’entreprise remonte à 1972. Comme le rappelait La Nouvelle République en décembre 2024, Servi Doryl est né du rapprochement de deux voisines de la zone industrielle de Langeais. Servi fabriquait des moules à camembert en plastique injecté. Doryl travaillait sur les pâtes pressées. Les deux activités sont réunies depuis 2006, et l’ensemble a rejoint le groupe Alpma en 2009.
Le catalogue couvre toute la fromagerie : moules pour pâtes molles et pâtes pressées, blocs-moules, bassines d’égouttage et matériel d’affinage. Selon le directeur général Serge Page, cité par le quotidien régional, les gammes vont « du petit bouchon jusqu’à la meule d’emmental faisant 100 kg et un mètre de diamètre ».
Une présence dans une soixantaine de pays
La Nouvelle République indiquait fin 2024 que l’entreprise était présente dans soixante-six pays. Plus de dix millions de fromages seraient fabriqués chaque jour dans ses moules, par quelque 3 000 clients. Cela va du sainte-maure de Touraine au brie, au camembert, au maroilles et au comté. L’export représentait alors la moitié du chiffre d’affaires, soit 5 millions d’euros, avec les États-Unis, l’Italie, l’Espagne et l’Algérie parmi les débouchés cités.
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Un précédent article du même journal, publié en mars 2022, faisait état de 62 salariés. Les clients vont des fromagers artisanaux aux grands groupes comme Lactalis, Bel ou Entremont.
Un savoir-faire entre industrie et artisanat #
Fabriquer un moule à fromage n’a rien d’une simple injection de plastique. Le moule conditionne l’égouttage, la forme et une partie de la texture du produit. Selon La Nouvelle République, il faut une cinquantaine d’opérations différentes pour produire un moule. L’entreprise a développé des procédés de tramage et de microperforation sur polypropylène, avec un parc de machines qualifiées d’uniques.
Les finitions restent manuelles. Elles sont confiées à des salariés ébénistes de formation, capables de reprendre une pièce avec une grande précision. Serge Page résumait ce positionnement en 2022 : l’entreprise se situe « à la jonction de l’industrie et de l’artisanat ».
Ce mélange explique en partie la position de niche de Servi Doryl. Chaque fromage a son moule, avec ses perforations, ses dimensions et ses contraintes d’hygiène. La variété des références est énorme, et les volumes par modèle restent souvent modestes. C’est un terrain où l’expertise compte davantage que la production de masse.
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Recyclage et matériaux, les chantiers de fond #
Le nouveau site s’accompagne d’un volet environnemental. Le Revenu précise que l’entreprise travaille à intégrer progressivement la récupération et le recyclage de ses matières plastiques. À terme, elle vise à réintégrer dans ses cycles de fabrication les moules arrivés en fin de vie chez ses clients.
Le sujet n’est pas nouveau en interne. Fin 2024, Serge Page évoquait déjà une consommation de trois cents tonnes de plastique par an et une réflexion sur la réutilisation des moules des clients. D’autres pistes étaient citées : moules connectés pour suivre la production en temps réel, produits détectables aux rayons X, perforations plus performantes.
Des investissements machines soutenus par la région
L’usine de Cinq-Mars-la-Pile s’inscrit dans une série d’investissements. En 2022, l’entreprise a été lauréate du plan France Relance. Selon La Nouvelle République, elle a acheté deux machines à commande numérique, avec 175 000 euros de subvention sur un investissement de 430 000 euros. L’agence économique régionale Dev’up l’accompagne aussi dans le renouvellement de son parc.
Une PME qui investit à contre-courant #
Le projet tombe dans un contexte industriel tendu. Les Echos relevaient le même jour des signes d’essoufflement chez les ETI en matière d’emploi et d’investissement. Un investissement autofinancé de 8,5 millions d’euros dans une PME régionale reste donc un signal à suivre. Il montre qu’une industrie de niche, très spécialisée et tournée vers l’export, peut encore se donner les moyens de grandir en France.
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Prochaine étape concrète : l’instruction du permis de construire, puis le lancement du chantier au printemps 2027. La mise en service de la nouvelle usine est attendue en 2028.




